Vos compte-rendus
Vous trouverez ici des compte-rendus, avis, zooms, liens... rédigés ou signalés par des participants à la Biennale 2011 et reflétant leurs regards sur certaines interventions ou certains ateliers.
Claire Belisle, "Du papier à l'écran : lire se transforme"
Par Cécile Arènes - publié le 1er novembre 2011 sur Liber, libri, m. : livre
Que devient la lecture avec le numérique ? Il est pour l’instant difficile de mesurer la lecture sur écran. La lecture numérique est inséparable de son outillage technologique, d’où l’importance des interfaces de consultation. La question se pose de savoir qui sera demain le garant des nouvelles interfaces de lecture.
Ce qui ne change pas avec le numérique : lire n’est pas naturel, c’est une activité instrumentée nécessitant un apprentissage. Il ne faudrait pas comparer papier au numérique, mais surtout la façon dont la lecture est modifiée par le Web.
Le regard historique est capital pour comprendre l'évolution induite par le numérique. La lecture va évoluer, elle va devenir extrêmement morcelée mais elle perdurera sous une autre forme car le web apporte une nouvelle expérience du temps. Les mises à jour constantes, autorisées par l'internet, permettent par exemple de donner des signes de vie.
Un autre changement est observé avec le numérique : il s’agit de la question de l'attention, qu’il est pourtant difficile de définir et de quantifier... La pratique de l'internet fait évoluer les capacités d'attention et les processus cognitifs, notamment par un besoin constant d'interactions.
Pour Claire Beslile, on sait gérer la surcharge informationnelle dans le monde réel, on saura également gérer cette surcharge dans le numérique.
Il existe une dimension non négligeable de plaisir dans l’activité de lecture : à ce sujet, voir les travaux de Kringelbach.
Ghislaine Chartron, "Valeurs ajoutées des médiateurs ?"
Par Cécile Arènes - publié le 1er novembre 2011 sur Liber, libri, m. : livre
La technologie (dispositifs mobiles, logiciels libres, cloud computing...) influence les comportements des usagers. Le cloud computing, par exemple, a un impact profond sur les pratiques et sur la diffusion des informations.
Les métadonnées, qui sont à l'origine de beaucoup de services, constituent un enjeu déterminant, une force pour les bibliothèques ?
La non-rivalité et la non-exclusion sont une des propriétés fondamentales du numérique, pourtant on observe la fermeture des formats et des applications. On observe aussi de nouveaux comportements et de nouveaux usages caractérisés par une porosité professionnel/privé. Dans ce contexte mouvant, la question de l'accompagnement au changement est cruciale.
En tant que médiateur, il s’agit de garantir la qualité, la pertinence, la diversité et l’accessibilité des contenus au plus grand nombre. La bibliothèque d'aujourd'hui est aussi un espace physique d’accès au numérique.
Redisons-le, les professionnels de l'information font partie des métiers de l'Internet ! De fait, il est nécessaire aujourd’hui d’avoir des compétences frontières.
A voir le portail desmétiers de l’internet, où apparaissent les métiers de l'info-doc
A consulter aussi : Journal of information architecture
G. Chartron déplorait le fait que les gens lisent de moins en moins, notamment des romans. Elle a fait remarquer qu’on le constatait dans le métro, où de plus en plus de gens avaient troqué le livre contre les écouteurs. Sur ce point, Isabelle Aveline lui a rétorqué qu’on n’avait jamais autant lu, autant écrit qu'aujourd'hui. Par contre, selon elle, le roman est maintenant sur facebook. On lit de plus en plus, concluait Isabelle Aveline, ce sont les marqueurs qui sont dépassés.
G. Chartron a également signalé un problème d’attention chez les étudiants, qui rencontrent de plus en plus de mal à se concentrer pendant un cours de trois heures, ce qui pose question pour le médiateur.
Joumana Boustany, "L'accès et la réutilisation des données publiques : état des lieux et des pratiques en France"
Par Cécile Arènes - publié le 1er novembre 2011 sur Liber, libri, m. : livre
Aux Etats-Unis, une licence unique est mise en place depuis une dizaine d'années pour l’accès aux données publiques mais on observe malheureusement un recul aujourd'hui à cause de la crise : il n’y a plus de budget à allouer à ces projets.
En France, l’open data figure dans la loi depuis longtemps et il existe une directive européenne à ce sujet. Malheureusement, il n’y a pas de licence unique, les différentes licences existantes sont même en concurrence entre elles et certaines institutions sont un peu en compétition. Parmi les agences et les organismes qui gèrent ces licences, on peut citer l’APIE, agence du patrimoine immatériel de l'Etat et Data Publica.
La CADA, commission d'accès aux documents administratifs n’a malheureusement qu’un rôle consultatif, ce qui amoindrit considérablement son rôle. Il faut noter qu’une ordonnance du 6 juin 2005 exige que les administrations de plus de 10000 habitants nomment un responsable des données publiques. Toutefois, en juin 2011, une étude européenne pointait les difficultés françaises à avancer sur l'ouverture des données.
Quelques exemples de sites utilisant des données publiques : Un train de retard ; Kelquartier.com ; un site de signalement de problèmes non urgents (voierie, etc.).
Dans le milieu des bibliothèques, on peut évidemment citer la liste des ouvrages (notice + localisation) disponibles dans les bibliothèques parisiennes.

Thierry Chanier et Emma Bester, « Archives ouvertes »
Par Cécile Arènes - publié le 1er novembre 2011 sur Liber, libri, m. : livre
Sur slideshare, on peut trouver un powerpoint de Thierry Chanier sur la question des archives ouvertes. Ce n’est pas celui diffusé à l’enssib mais il est récent et très instructif pour compléter ces quelques notes.
Les chercheurs ont comme activité principale d’écrire et de publier, les pendants indispensables sont de pouvoir lire et accéder à la production scientifique. Cependant, en SHS, les chercheurs n’ont pas la possibilité de publier dans des revues de rang A, ni la possibilité de lire les articles de ces revues. Ils sont donc malheureusement condamnés à quémander des articles à ceux de leurs collègues dont les tutelles sont abonnées aux bases de données.
Les éditeurs, eux, demandent aux chercheurs des cessions totales de leurs droits et sont rémunérés pour cela alors que les chercheurs ne sont jamais rémunérés.
Lorsque les publications des chercheurs sont en accès libre, on constate pourtant que le taux de citations augmente. En effet, les AO sont des espaces réticulaires reliés à l’internet. De fait l’accès aux références et leur diffusion en sont facilités. Cf. l’article “Self-Selected or Mandated, Open Access Increases Citation Impact for Higher Quality Research”.
Le prix des revues augmente de façon exponentielle (400% d'augmentation) ces dernières années, beaucoup plus que le coût de la vie. Le taux de profit d'Elsevier est de 36%, beaucoup plus que n'importe quelle branche d'activité. A l’université de Clermont-Ferrand, sur un budget de 2 millions d’euros, 1,4 million est consacré à la documentation électronique, avec une augmentation annuelle de 5,5%. 400.000 euros sont destinés au seul Elsevier.
Certains périodiques et bases de données accusent des augmentations de 140% sur un an parfois. Le système est devenu complètement fou !
Mandat ID/OA (Immediate-Deposit/Optional-Access Mandate) : dépôt immédiat du texte de l'article sur une OA. Soit le texte est en accès libre d'emblée, soit un délai est mis en place (de quelques semaines à six mois). Cette pré-publication a lieu avant la relecture par les comités, la version est dite « auteur et certifiée ». Il peut y avoir un second dépôt, dit post-publication, après la relecture.
Publier a un coût, même en accès libre. Il faut pourtant travailler sur des modèles en accès libre.
Plusieurs pôles d'archives : institutionnelles, thématiques + nationales/internationales (HAL, ..). La progression du nombre de dépôts est constante. 30% d'articles publiés dans l'année en accès libre, les 2/3 provenant de la voie verte. 70% de la recherche est encore non accessible en accès libre.
En 2006, ce qui est produit sous capital public devrait être publié dans HAL. La question de l'archivage à long terme est réglée puisque HAL travaille avec le TGE Adonis. Dans HAL, sur 582.000 dépôts, on trouve seulement 92.000 articles. En un an, 17.000 dépôts dont du rétrospectif, donc le taux de dépôts véritables est inférieur à 15%.
A l’université de Liège, le recteur Bernard Rentier a imposé un dépôt obligatoire dans l'archive institutionnelle ORBI. Depuis 2009, la seule bibliographie individuelle valide pour les chercheurs est celle qui provient d'ORBI. Bernard Rentier a répondu à une interview à ce sujet. Dans le reste de l'UE, des travaux sont en cours sur une obligation pour les mandats de dépôt.
Les débats ont été plus que vifs lors de cet atelier mais c’est vraiment ce qui en a fait tout l’intérêt. Certains chercheurs ont fait remarquer que tous les éditeurs étaient différents et que la fonction éditoriale était à préserver. Le représentant d’Elsevier signalait qu’il y avait plus de trois mille salariés dans son entreprise, ce qui témoignait de l’importance de l’activité éditoriale.
La discussion a aussi été très houleuse sur la question des barrières mobiles : deux ans, disaient certains qui défendait bec et ongles une revue qui leur apparaissait indispensable et qui disait ne pas pouvoir survivre sans ce long embargo. D’autres s’emportaient, disant que c’était contraire aux conventions internationales.
Une chercheuse a également expliqué qu'elle déposait plutôt des notices que des articles par méconnaissance de ses droits d’auteur, pour ne pas avoir de problèmes avec les éditeurs. Et si les bibliothèques planchaient sur le sujet, me disais-je, pour simplifier la vie des chercheurs ? Il semble que certains SCD en aient le projet.
Tandis qu’une critique étonnante était émise vis-à-vis du modèle freemium de Revues.org, comparé à Deezer, quelqu’un lançait illico par tweet : « alors Cairn, c’est itunes ? » Je me garderai bien de répondre à la question !
Et pour se remonter le moral de malheureux bibliothécaires et chercheurs face à ces diables d’éditeurs (enfin, pas tous, ne nous fâchons pas !), un répertoire d’archives ouvertes dans le monde : Directory of Open Access Repositories.
On a parlé de Sherpa, de Romeo et de Juliet, et j’avoue que je n’y comprenais goutte. Si vous non plus, quelques détails, dont je ne reprends qu’un extrait :
« SHERPA, le consortium britannique dédié aux archives, maintient des dossiers d'information sur les archives ouvertes et institutionnelles :
ROMEO recense les politiques des éditeurs en matière d'archives ouvertes http://www.sherpa.ac.uk/romeo/
JULIET recense les politiques mises en place par les financeurs de la recherche en matière d'archives ouvertes http://www.sherpa.ac.uk/juliet. »
On a aussi parlé d’Héloise, qui n’est pas encore publié, mais dont on trouve déjà une définition en ligne : « le système Héloïse permet de chercher et de définir les droits de diffusion des revues sur différents supports (archives ouvertes, sites personnels, intranet). »
Virginie Clayssen, "Edition/distribution, en réseau ?"
Par Cécile Arènes - publié le 1er novembre 2011 sur Liber, libri, m. : livre
On observe à l’heure actuelle une forte croissance forte du marché du numérique aux USA. Les machines d'aujourd'hui s'adaptent peu à peu à nos pratiques de lecture : elles sont conçues pour une lecture relâchée mais également pour de nouvelles formes de lecture pendant les périodes de transhumance (lire sur un smartphone dans les transports).
Pourtant, les nouvelles machines ne sont pas encore totalement adaptées à nos usages : l'effet "page qui se tourne" sur l’ipad – une simple imitation du papier – est très vite insupportable. Virginie Clayssen a comparé nos liseuses actuelles aux premières voitures qui ressemblaient à des carrosses. Il a fallu du temps pour que les voitures trouvent leur forme propre, parfaitement adaptée ; il en faudra aussi pour les nouveaux appareils qui émergent dans le domaine de la lecture. Il ne faut pas négliger non plus la dimension du plaisir de la lecture décrit par de nombreux lecteurs (la fameuse odeur du papier) et en tenir compte dans la conception des appareils à venir.
Cela dit, le travail de l'éditeur ne va pas se modifier totalement, le cœur de son travail reste le même. Acheminer l'objet livre vers le lecteur n'est plus un problème. L'objet rare aujourd'hui, c'est l'attention disponible.
Les libraires rencontrent des difficultés, notamment depuis que le rouleau compresseur des gros acteurs arrive. Certaines relèvent de problèmes de référencement : quelqu'un qui veut acheter un livre tape son titre dans google. Le site du libraire doit être bien référencé (cf. les déboires de Bibliosurf). Un livre avec des métadonnées correctement renseignées ferait 70% de ventes en plus.
Les éditeurs doivent prendre garde à ne pas commettre les erreurs de l’industrie du disque qui a été de laisser tomber ses détaillants. Barnes & Noble, par exemple, est un modèle de réussite de l'articulation papier/numérique.
Il ne faut pas croire que tout va se modifier très vite : le succès d'Amazon s'est construit en quinze ans. C’est la même chose pour les éditeurs actuellement, il existe une grande part de tâtonnement.
Pierre Frémaux, "Lecture numérique, lecture sociale"
Par Cécile Arènes - publié le 1er novembre 2011 sur Liber, libri, m. : livre
Babelio a construit une sociabilité autour de la « paralecture ». Les bibliothèques le font-elles aussi ? Pierre Fremaux a comparé les commentaires laissés par les lecteurs sur Babelio et sur le site de la BM de Toulouse (qui a souscrit à Babelthèque), la comparaison n’est pas du tout en faveur des bibliothèques. Personnellement, j’ai tendance à penser que, contrairement aux gens de Babelio qui vous accueillent dès votre inscription sur le site, les bibliothécaires n’investissent pas assez les commentaires et ne créent aucune interaction avec leurs usagers (mais ce n’est que mon humble avis).
L'internaute crée son identité à travers sa bibliothèque. A travers cette brique identitaire, Babelio crée des liens entre eux. Sur la lecture sociale, voir les travaux d’Hubert Guillaud.
C’est aussi l'agrégation de l’égoïsme collaboratif qui permet à Babelio d’exister: l'internaute indexe ses livres pour les retrouver.
Pour l’anecdote, Keith Richards a appris la classification Dewey pour classer sa bibliothèque personelle !
